Oui ! c'est rageant, oui ! c'est angoissant, mais la réalité est là : SARKOZY A GAGNE ! La redoutable opération "séduction-communication" a fonctionné. Un petit peu pour les petits entrepreneurs, un petit peu pour les agriculteurs, un petit peu pour les Le penistes, un petit peu pour les professions libérales, un petit peu pour les mères de famille, un petit peu pour les "femmes-opprimées-de-tous-les-pays-qui-peuvent-compter-sur-la-france", un petit peu pour les "usagers-otages-des-fonctionnaires-grévistes", un petit peu pour les futurs alzeimerisés (prochaine grande cause nationale), un petit peu pour les jeunes "qui-veulent-trouver-du-travail", un petit peu pour les séniors "qui-veulent-continuer-à-travailler", un gros peu pour le Medef, pas grand chose pour les immigrés, les sans papiers et les chômeurs en fin de droits ; et avec des promesses en forme d'inventaire à la Prévert, sarko a réussi à créer de l'envie de lui (77% du vote Sarkozy est un vote d'adhésion) et au passage à masquer la réalité de son programme. La sinistre illusion du "changement" a fait son office. "Avec lui tout va changer" criait à la caméra une militante de l'UMP. Hélas, c'est au moins incontestable !
Autant dire que tout cela ne c'est pas fait en un jour ni en une campagne. D'autant qu'à gauche le bilan est sombre. Une gauche au score faible, une gauche qui pour beaucoup n'est plus symbole d'espoir, une gauche qui n'avait, avouons-nous le, pas grand chose d'autre que des images d'Epinal à proposer, et un bréviaire libéral qui est entré dans toutes les têtes. Oui, d'une certaine façon le capitalisme a gagné dimanche soir, une bataille certes, mais pas n'importe laquelle, la bataille culturelle.
Comme l'ont fait remarquer et dominique Strauss-Kahn et laurent Fabius, cela fait trois élections de suite que nous perdons ! Il serait tout de même temps que l'on se pose des questions. Et DSK a eu raison de dire que nous nous étions leurrés nous même avec des victoires aux régionales et aux européennes. Sauf que ....il a oublié de dire que lui même était parmi les premiers à se leurrer. Il a oublié de dire que d'autres avaient tiré la sonnette d'alarme : "Attention camarades, ne nous laissons pas prendre à des victoires éphémères". Mais ils s'étaient fait, et comme d'habitude, renvoyer brutalement dans les cordes : "oiseaux de mauvaise augure", "gauchistes", "archaïques"... Quand à laurent Fabius, il a eu raison de dire que "le drapeau de la gauche est à terre". Belle et triste image. Sauf que...il a oublié de dire que déjà cette tendance a été imposée par une majorité dont il ne s'est pas toujours dégagé. Les mêmes avaient encore une fois tenté de faire entendre leur avis : "Cessez de coller au centre ; cessez de singer le libéralisme ; à force l'électorat finira par préférer l'original à la copie". Et maintenant que c'est arrivé, on fait quoi, pour tous ceux qui vont souffrir du moins de salaire pour plus de boulot, du moins de services publics et du plus de répression?
Mais l'heure n'est plus aux règlements de comptes, elle serait plutôt aux règlements d'idées.
Au moment où tout le monde tente de trouver une réponse à l'inacceptable, il est temps de réaffirmer sans ambage, sans complaisance, et sans faiblesse, ce que nous disons depuis longtemps : On ne flirte pas avec la droite, avec les idées de la droite, fut-elle centriste ; la droite on la combat, pied à pied, idéologie contre idéologie ! Il arrive un moment où il faut cesser de vendre son âme. Chercher des parts de marché électoral du côté de Bayrou est une hérésie porteuse de mort. Il faut faire taire au PS cette théorie fumeuse selon laquelle la "vieille gauche" (au fait c'est quoi ?) est ringarde et doit se "moderniser". Mais dans le même temps il faut mettre nos partenaires de "l'autre gauche" (au fait c'est quoi ?) face à leurs responsabilités. La course poursuite à qui serait le grand chef à plumes de tous les groupuscules éclatés de la gauche alter quelque chose a été un spectacle d'un ridicule pitoyable et contre productif.
L'heure de la recomposition a sans doute sonné. Il est temps pour nous de reprendre le flambeau. La position difficile que nous avons tenue jusqu'à présent fait de PRS le seul organisme capable de parler à tous et partout. C'est à nous de remettre quelques pendules à l'heure, de dire que la gauche ce n'est ni du sociétal de bons sentiments, ni l'attente gourmande du grand soir. Le peuple se lève rarement seul et il souffre longtemps. C'est à nous de rappeler que la gauche c'est d'abord de l'analyse des rapports économiques et des moyens d'organiser la redistribution. C'est à nous de conduire la guerre idéologique, sans complexe, et de chasser des têtes les concepts tordus de ceux qui ont manipulé les mots pour atteindre leur but : la modernisation, les soi-disant privilégiés, les "charges", le vrai-faux trou de la sécu, les chômeurs devenus "demandeurs d'emploi", les ouvriers "actionnaires", les employés "collaborateurs", les people, etc, etc, etc,....
Ferre tes souliers camarade ! le chemin va être long ! Des années peut-être d'ateliers de lecture, de réunions, de manifs, de tracts au sortir des entreprises et sur les marchés. Les victoires à venir sont à ce prix et l'enjeu en vaut la fatigue.